Publié par Jean-Loup Izambert, le 25 décembre 2025

A quoi et qui sert l’UDR ? (Partie 4: Un programme trompeur)

A quoi et qui sert l’UDR ? (Partie 4: Un programme trompeur)


Dirigeants et élus de l’UDR ne cessent de critiquer le pouvoir. Mais ils se précipitent pour le sauver et votent la majorité des mesures gouvernementales. Qu’en est-il alors vraiment du programme de l’UDR ?

Ciotti et les siens ne cessent de dénoncer « le pouvoir macroniste [qui] ne gouverne plus et entraîne la France dans les abysses d’un lent déclin ». Ils se déclarent comme des opposants résolus clamant que « notre pays est affaibli : la dette explose, l’immigration massive se poursuit, l’insécurité s’aggrave et les impôts comptent parmi les plus lourds d’Europe.»1. Mais force est de constater que les actes des dirigeants et élus de l’UDR sont à l’opposé de leurs discours. En effet, ceux-ci votent dans les assemblées élues pratiquement toutes les mesures rétrogrades imposées sans dialogue social réel, au détriment du bien commun, qui ont affaiblit les services publics (santé, éducation, justice, sécurité).

L’UDR sauve Macron

Au plan national, l’UDR et le RN ont fait barrage aux propositions de procédures de destitution d’Emmanuel Macron, tantôt au sein de la Commission des lois de l’Assemblée nationale, tantôt en Conférence des présidents ou, comme le 8 octobre dernier, au sein du Bureau de l’Assemblée nationale. Ainsi, derrière un discours de façade par lequel il n’en finit pas de critiquer la politique gouvernementale, l’UDR est, avec son allié RN et le PS, l’un des plus précieux soutiens du pouvoir le plus impopulaire de la Vème République. De manière plus générale, à l’Assemblée nationale, « sur les 10 votes sur des projets de loi présentés par le gouvernement, le groupe UDR a voté en faveur de 8 textes. Il a donc soutenu le gouvernement dans 80% des cas »2 observe Datan (www.datan.fr), le site d’information sur l’activité des députés. Par ailleurs, ces spécialistes des études législatives notent que « le groupe avec lequel le groupe UDR était le plus proche est le Rassemblement national qui regroupe les députés non affiliés à un groupe parlementaire classé à droite de l’échiquier politique. » Au-delà du soutien manifeste des députés UDR à Emmanuel Macron et à la politique gouvernementale, qu’en est-il au plan économique des propositions de l’UDR ?

Un « plan de redressement » irréalisable

L’UDR et l’Union européenne ? Une petite critique ici ou là de l’Europe supranationale pour jouer à l’opposant mais, encore une fois, rien d’essentiel. Ne cherchez pas une proposition de rupture avec l’Union européenne, la zone euro et l’Otan dans le programme politique de l’UDR, il n’y en a pas. Juste un « plan de redressement pour la France » impossible à réaliser pour deux raisons principales :

1°- Ce n’est pas l’Etat-nation qui fixe le cadre du budget de la nation mais les Grandes orientations de politique économique (Gopé) rédigées par les hauts fonctionnaires de la Commission européenne. Les Gopé programment à coups de directives – décisions contraignantes pour les États membres qui sont ses destinataires – la réduction de toutes les dépenses et investissements publics pour privatiser l’économie au profit des sociétés transnationales. Ceux qui l’ignorent encore peuvent se rendre sur le site de l’Union populaire républicaine – UPR – (www.upr.fr), seul parti politique français à informer en détail les citoyens du fonctionnement et du contenu des Gopé de législature en législature et à mon enquête Bilan noir – L’Union européenne contre la France (Editions Jean-Cyrille Godefroy). En conséquence la France ne peut opérer aucun redressement tant qu’elle restera membre de cette organisation supranationale dont l’organisation et le fonctionnement la privent de toute souveraineté.

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Le dirigeant de l’UPR, François Asselineau, explique pourquoi la politique des dirigeants français est la stricte application des Grandes orientations de politique économique (Gopé) décidées à Bruxelles.

2°- Ensuite, vouloir redresser la France en laissant les mains libres aux grands propriétaires privés de l’économie et de la finance comme les dirigeants et gros actionnaires de l’indice boursier CAC40 et sans qu’elle maîtrise ses ressources et principaux instituts financiers – notamment la Banque de France – revient à la délaisser en l’état d’une ménagère qui irait faire ses courses sans son porte-monnaie. Partisan de l’Europe supranationale comme les autres partis de « la bande des quatre » du RN, l’UDR ne peut en conséquence formuler aucune proposition qui sorte du cadre de la politique décidée à Bruxelles-Luxembourg.

Un programme qui ne s’attaque pas aux causes de la crise

Avant même qu’Eric Ciotti fonde l’UDR, celui-ci a toujours été partisan de l’Union européenne. S’il en critique certains aspects du bout des lèvres, il n’a jamais remis en cause l’Europe supranationale dans son existence, son organisation et ses objectifs. Preuve en est son soutien à la dictature génocidaire de Kiev contre la Fédération de Russie et ses propositions qui évitent soigneusement de remettre en cause l’Europe de la grande finance tout en préservant le système de gestion de la société des grands propriétaires privés de la finance et de l’économie. Il est donc, au même titre que tous les partis eurocrates, RN compris, responsable de ce qu’il nomme « le déclin » pour ne pas s’attaquer à ses causes. Quatre données essentielles résument les conséquences pour la France de la politique de l’Union européenne à laquelle adhère l’UDR. Je décris celles-ci plus précisément dans L’enjeu (Editions Libres d’écrire) en m’appuyant sur des sources officielles, y compris de l’Union européenne :

« 87% de la population vit dans un désert médical »3,

« 62% de Français sont touchés ou menacés par la pauvreté »4,

plus de 15 millions de Français sont touchées, d’une manière ou d’une autre, par la crise du logement5,

– le Système européen d’analyse politique et stratégique de l’Union européenne (ESPAS) prévoit que « la crise continuera d’affecter les membres les plus vulnérables de la société » avec « une augmentation de 45%duchômage »et« un risque accru de pauvreté touchant près de 130millions d’Européens » à l’horizon 20306.

Aussi, pour persuader l’opinion publique qu’elle veut changer les choses l’UDR a repris des orientations politiques du grand patronat.

Intitulée « priorités », celles-ci ne fâcheront ni ses sponsors milliardaires ni les eurocrates de Bruxelles-Luxembourg à leur service7 : « baisser massivement les dépenses publiques et réduire le périmètre de l’État », « baisser les cotisations » qui permettent d’assurer ce qu’il reste de solidarité nationale en France, mots d’ordre répétés par le grand patronat de génération en génération, et « introduire une part de capitalisation dans le système de retraites », sans doute afin de réduire à néant la Sécurité sociale déjà déstabilisée par les exonérations de paiement de cotisations sociales par le grand patronat. Selon la Commission des comptes de la Sécurité sociale, le manque à gagner provenant des différentes exonérations de cotisations sociales est passé de 74,3 milliards d’euros en 2021 à plus de 90 milliards d’euros pour 2024 !8

Insuffisant semble-t-il pour l’UDR qui déclare vouloir « baisser massivement les dépenses publiques » – donc encore moins de professionnels de santé publique, moins de logements accessibles, moins d’éducation, moins de fonctionnaires de justice, moins de protection civile, moins de sécurité, etc. – dont la France manque déjà cruellement.

Pas un mot sur le pillage de l’Etat

Les dirigeants de l’UDR qui discourent sur « le coût de l’immigration à la France » se gardent bien de s’attaquer à un autre coût bien plus important au point d’être la première dépense publique de l’Etat : les plus ou moins 250 milliards d’euros annuels reçus de la puissance publique par le patronat sous des formes diverses et dont la majorité est captée par les sociétés transnationales. L’UDR ne dit pas un mot sur ce grand patronat qui se gave des deniers de l’Etat et qui, dans le même temps, délocalise, ferme des entreprises, liquide des branches performantes de notre industrie au profit de groupes étasuniens, supprime des milliers d’emplois, évade des brevets et organise la fuite d’une partie des bénéfices des entreprises par l’ « Axe de l’évasion fiscale mondiale » qui se trouve au coeur de l’Union européenne9?!…

Comme je le rappelle dans L’enjeu, sur la période 2005-2023 la rémunération totale moyenne des dirigeants des sociétés du CAC 40 est passé de 4,86 à 7,1 millions d’euros et de 3 à 4,3 millions pour ceux de l’indice boursier SFB 120 ; les 31 milliards deuros versés aux actionnaires des entreprises du CAC 40 en 2005 sont 98,2 milliards d’euros en 2024 ! Ces grands patrons et actionnaires qui profitent des largesses accordées par leurs politiciens domestiques et réalisent des milliards d’euros de chiffres d’affaires sont les premiers responsables de la fuite des capitaux qui fait perdre chaque année à la France un minima de 24 milliards (23,671) d’euros de recettes fiscales.

De tout cela l’UDR ne dit mot ! Là encore, le parti de Ciotti ne peut proposer la moindre mesure de « redressement » contre ce gigantesque parasitage de l’économie organisé par le grand patronat pour cause d’europhilie supranationale. Ce qui n’empêche pas l’UDR de reprocher au pouvoir macroniste, à longueur de déclarations, de « refuser de s’attaquer aux vrais problèmes »… Pour l’UDR, si tout va mal, c’est surtout la faute aux étrangers.

A suivre : V – C’est la faute aux étrangers

Notes

  1. Avec Éric Ciotti, rejoignez le parti qui unira les droites, Eric Ciotti, site internet de l’UDR, 25 octobre 2025.
  2. Source : Datan (www.datan.fr), groupe UDR.
  3. Deuxième édition du Baromètre santé-social Mutualité Française-Association des maires de France (novembre 2023)
  4. 18e baromètre de la pauvreté et de la précarité réalisé par l’institut de sondages et d’études Ipsos pour le Secours populaire français, septembre 2024.
  5. Rapport annuel 2025 sur l’état du mal-logement en France, Fondation pour le logement.
  6. Source : ESPAS – European Strategy and Policy Analysis System –, Luxembourg, Office des publications de l’Union européenne, 2015, rapport : 2030, Tendances mondiales à l’horizon 2030 : L’Union européenne peut-elle relever les défis à venir ? p. 65. Rapport consultable sur internet à l’adresse : www.espas.eu. Lire Bilan noir – L’Union européenne contre la France, par Jean-Loup Izambert, éd. Jean-Cyrille Godefroy.
  7. Lire L’enjeu, par Jean-Loup Izambert, éd. Libres d’écrire (www.izambert.com).
  8. et 9.Ibid 7

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