Publié par Jean-Loup Izambert, le 18 avril 2026

A quoi et qui sert l’UDR ? (Partie 1 : Le marche-pied de l’extrême-droite)

A quoi et qui sert l’UDR ? (Partie 1 : Le marche-pied de l’extrême-droite)

Eric Ciotti et son UDR : un acteur de « la bande des quatre » du Rassemblement national

L’Union des droites pour la République (UDR) ? Exclu de LR, l’ancien parti historique de la droite qui borda sa carrière de politicien, Eric Ciotti veut faire… l’union des droites. Derrière un discours sur le thème de « redresser la France », l’UDR est mise en scène par des oligarques pour préparer l’après-Macron. Portrait en six actes d’une annexe de la « bande des quatre » du Rassemblement national.

Comme les autres acteurs de « la bande des quatre » – Reconquête, Debout la France et Identité Libertés -, l’Union des droites pour la République (UDR) n’est pas aux côtés des travailleurs en lutte. Pour paraître dans le paysage politique, ses dirigeants préfèrent fréquenter les salons des états-majors politiciens parisiens et tenir des réunions avec des patrons du Medef ou au théâtre des Sablons de Neuilly-sur-Seine sur « le refus de l’immigration massive ». Pour assumer à la fois le bilan négatif des années de la droite au pouvoir comme élu et dirigeant de LR et les aléas liés à la fonction de marche-pied de l’extrême-droite, Eric Ciotti et les siens n’ont guère de marge de manœuvre. Se présenter comme une « force de changement » tout en étant responsable de la situation nécessite de sacrés talents de maquilleur. Aussi, pour faire sa place auprès du RN, ce fils de quincailler est prêt à tous les bricolages politiciens, quitte à troubler les disputes familiales de « la bande des quatre ».

Regroupement familial de type clanique

Entre Jordan Bardella (RN) qui n’a « pas confiance » dans Eric Zemmour (Reconquête) dont il juge qu’« il s’est enfermé dans l’union des droites »1, Zemmour qui, lui-même « écoeuré et blessé », s’estime « trahi »2 par Marion Maréchal (Identité Libertés) qui elle-même « n’a pas envie de défendre le programme économique du RN, leurs positions sur les sujets de société »3 et qui assurait en juin 2024 « ne pas rejoindre le Rassemblement national, ni aujourd’hui, ni demain »4 le regroupement familial « Union des droites » a des allures de batailles claniques où chaque chef de tribu cherche à être calife à la place du calife. Ciotti est à l’aise dans ces jeux politiciens, loin des préoccupations des français, dans lesquels des apparatchiks petits bourgeois s’écharpent. Lui qui déclarait en septembre 2018 que « si demain quelqu’un fait partie d’une liste Front National, s’il y a une alliance électorale avec le Front National, elle sera naturellement sanctionnée »5 s’est transformé en supplétif serviteur du RN. Des oligarques comme Vincent Bolloré lui font faire quelques tours de piste afin de distraire l’opinion des fauteurs de crise et fouteurs de guerre. De plateaux de médias en podiums de manifestations Ciotti joue le rôle d’un homme qui n’a pas hésité à trahir ses propres électeurs en reniant les valeurs dont il se réclamait hier pour se faire élire. Le rappel de ses déclarations au fil des années réalisé par la rédaction du HuffPost donne une idée de la prestance de ce petit chauve dans le retournement de veste.

For privacy reasons YouTube needs your permission to be loaded. For more details, please see our Politique de confidentialité.

  Toutes ces fois où Eric Ciotti avait dit « jamais » à Marine Le Pen, HuffPost (www.huffpost.fr), 11 juin 2024.

Hier dirigeant de LR repoussant le RN dont il assurait « ne pas avoir les mêmes valeurs », aujourd’hui dirigeant de l’UDR posant tout sourire avec ses dirigeants dont il partage subitement « les mêmes valeurs », qui est vraiment Eric Ciotti et que propose son UDR issue de l’« Association des Amis d’Eric Ciotti » créée en septembre 2012 ?

Un apparatchik du système

A peine sorti de l’Institut d’études politiques de Paris en 1988, cet enfant de la Cité des anges est promu par des amitiés politiques locales collaborateur parlementaire de Christian Estrosi alors député RPR des Alpes-Maritimes. De ce poste il accède en 1995 au cabinet de Jean-Claude Gaudin, le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Ciotti, qui n’a jamais travaillé à la production, entre ainsi en carrière politicienne et va passer trente-cinq années de sa soixantaine de vie à draguer des postes auprès d’élus puis des mandats électifs : collaborateur parlementaire, directeur de cabinet de Christian Estrosi, premier adjoint au maire de Nice, conseiller départemental, président du Conseil départemental des Alpes-Maritimes, député… L’homme aime bien tenir des discours ronflants – mais sans jamais traiter des questions essentielles comme tout amuseur public – devant un auditoire béat tant ce méridional a de bagout, embrasser des badauds qui s’immortalisent avec lui en selfies, serrer les mains de commerçants pour faire peuple. Des médias du milliardaire Vincent Bolloré6, – CNews, Journal du dimanche (JDD), Europe 1, RFM, Progressif Media – assurent sa mise en scène médiatique tandis que Fayard-Bolloré l’édite aux côtés de « publicistes à portefeuille » – l’expression est de Balzac dans sa Monographie de la presse parisienne – comme Zemmour, Sarkozy ou Bardella. La relation de dépendance entre l’oligarque et son « politicien domestique » est telle que le site internet de l’UDR renvoie carrément sur celui du média de Bolloré pour présenter la soupe à l’eau de son « plan de redressement » : « Je vous invite à lire dès maintenant l’article du JDNews »7 indique le site de l’UDR.

Dans les médias du groupe Bolloré, Ciotti se montre souriant, blablate sur tout et n’importe quoi, trichant parfois avec les faits un peu comme un Marius de Pagnol en pleine partie de cartes, et ce fils d’immigrés ment même avec une assurance déconcertante lorsqu’il se met à divaguer sur « l’immigration de masse ». Un vrai joueur de pipeau tant ces apparences dissimulent un autre personnage et un parti au bilan moins brillant que son crâne chauve sous le soleil niçois. Au plan local, dans les Alpes-Maritimes, la gestion des élus de l’UDR a dégradé la situation de la population dans tous les domaines.

A suivre : II – Alpes-Maritimes : Bilan sinistre et gestion contestée

Notes

    1. Éric Zemmour a échoué car «il s’est enfermé dans l’union des droites», estime Jordan Bardella, par Tristan Cavert, CNews, 12 novembre 2024, 12h56.
    2. Marion Maréchal exclue de Reconquête : l’interview d’Eric Zemmour, BFMTV, 12 juin 2024.
    3. Marion Maréchal a parlé de sa relation avec Marine Le Pen : « La famille reste la famille », groupe Nice-Matin, 26 avril 2024.
    4. Législatives 2024 : « Je ne rejoins pas le Rassemblement national, ni aujourd’hui, ni demain», assure Marion Maréchal, Europe 1, 20 juin 2024, 18h07.
    5. Eric Ciotti à propos de l’alliance avec l’extrême droite, France Inter, L’invité de 8h20 : le grand entretien, 18 septembre 2018.
    6. Lire Le système Bolloré, Observatoire des multinationales (www.multinationales.org).
    7. Site internet de l’UDR, Plan de redressement d’Eric Ciotti, novembre 2025.

Articles récents

Articles récents

  • A quoi et qui sert l’UDR ? (Partie 3: Le complot Ciotti contre LR)

  • A quoi et qui sert l’UDR ? (Partie 2: Bilan sinistre et gestion contestée)

  • A quoi et qui sert l’UDR ? (Partie 1 : Le marche-pied de l’extrême-droite)