A quoi et qui sert l’UDR ? (Partie 2: Bilan sinistre et gestion contestée)
Dès que se pointe une élection les élus de l’UDR posent tout sourire sur les panneaux électoraux. Pourtant leur bilan n’a pas de quoi réjouir les Maralpins. D’autant que des élus de la région dénoncent « un système de pressions et de manipulations contre les maires » tandis que Ciotti et des personnes de son entourage sont mis en cause dans plusieurs affaires.
Comment se porte le département des Alpes-Maritimes après le passage de Ciotti à différents mandats d’élus dont celui de président du Conseil départemental (2008 – 2017) et de député (depuis 2007) ? Les Maralpins doivent être satisfaits de sa gestion pour l’avoir élu et réélu. Pourtant, a y regarder de plus près la situation n’est pas flatteuse pour les Alpes-Maritimes. Le changement de parti d’anciens élus LR qui ont rejoint le RN ou son annexe UDR comme Jean-Baptiste Rivoallan, conseiller de territoire Marseille-Provence, ne change rien au fait que ceux-ci ont mené la région, dont les Alpes-Maritimes, dans une situation difficile. L’édition 2025 du Rapport sur les inégalités en France publié par l’Observatoire des inégalités (www.inegalites.fr) en témoigne : le département des Alpes-Maritimes se situe dans le top 10 des collectivités les plus inégalitaires de France.
La santé ? « Entre 2012 et 2022, l’effectif de médecins généralistes libéraux en exercice dans la région a baissé de 9,4 %, à un rythme plus rapide qu’en France (- 6,3 %) » indique l’Observatoire régional de la santé Provence-Alpes-Côte d’Azur (ORS)1. Dans cette région qui « se caractérise également par des inégalités sociales importantes », environ « 8 % de la population résidait à plus de 30 minutes du service d’urgences le plus proche et environ 1 % à plus de 60 minutes, principalement dans les massifs alpins (Source : FINESS – SAE – ARS – INSEE Distancier METRIC, calculs ARS 2022). » Et si en 2022 « la région comptait 346 établissements sanitaires, dont 3 sur 4 (74,3 %) étaient dans le secteur privé (Source : SAE 2022, exploitation FNORS) », elle « présentait des taux d’équipement inférieurs à la moyenne nationale pour les différents types de structures et services médico-sociaux pour les personnes âgées. »
L’emploi ? Entre 2009 et la fin de l’année 2017, période où Eric Ciotti est président du Conseil départemental des Alpes-Maritimes et dispose donc de moyens pour favoriser le développement d’activités économiques, le nombre de défaillances d’entreprises tous secteurs confondus cumulé sur 12 mois est chaque année d’environ plus ou moins 1500 entreprises !2 Le département des Alpes-Maritimes qui, en 2008, comptait 37 150 demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi en totalise 115 840 en septembre 2025 dont 42 310 (36,52%) chômeurs de longue durée inscrits à France Travail depuis plus d’un an !3
Le logement ? En 2013, à mi-mandat de Ciotti comme président du Conseil départemental, les Alpes-Maritimes comptent 451 logements locatifs sociaux pour 10.000 habitants contre 721 en France Métropolitaine. (Source Insee 2013.) « Le parc de logements sociaux est très faible dans le département : 45 LLS (Logements locatifs sociaux) pour 1000 habitants contre 59 pour 1000 en PACA et 72 pour 1000 en France Métropolitaine » (source enquête RPLS 2013 et population INSEE 2013). Alors que 10 140 ménages sont en situation de sur-occupation lourde soit 1,9% des ménages (source Fichier des Logements par Commune – FILOCOM – 2013), 8,6% de logements (63 956 logements) sont vacants (63 956 logements)4. La demande continue d’augmenter plus vite que le parc locatif social et à la fin de l’année 2023 les 50 710 demandes de logements sociaux représentaient une augmentation de 11,8% sur 20225.
Résultat de la politique de logement menée par l’équipe Ciotti au Conseil départemental entre 2008 et 2017 poursuivie par son successeur Charles Ange Ginésy, autre LR qui, sans gêne, fit applaudir début octobre 2024 les députés ciottistes-RN en séance du Conseil départemental : en 2023, dans la région PACA « près de 38 000 personnes ont contacté le 115 pour être hébergées en urgence ». 7400 d’entre elles survivent dans les Alpes-Maritimes et, précise la Direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités Provence-Alpes-Côte d’Azur (DREETS), « deux demandes sur trois n’ont pu aboutir à un hébergement et près de la moitié des demandeurs n’ont jamais pu être hébergés. » Sur les 20 000 personnes qui ont pu être hébergées « une sur deux est à l’hôtel » relève la Direction régionale qui observe que cette situation « reflète un contexte d’extrême précarité qui persiste et croît bien au-delà de la crise sanitaire. »6
Le combat pour « sortir des quartiers », extrait de Côte d’Azur – Sous le soleil, des cités, enquête réalisée par Daphné Gastaldi avec les journalistes du Médiavivant (www.mediavivant.fr), juin 2024.
La qualité de vie ? « Provence – Alpes – Côte d’Azur concentre une part importante de ménages vivant sous le seuil de pauvreté. (…) Par ailleurs, les inégalités socio-économiques sont importantes, dans une région déjà très précaire » souligne le Dispositif régional d’observation sociale Provence – Alpes – Côte d’Azur dans son édition 2024.
Près d’un quart (23,1 %) des ménages maralpins dont la personne de référence a moins de 30 ans vit sous le seuil de pauvreté monétaire (En 2023 le seuil de pauvreté correspondait à un revenu disponible de 1 288 €par mois pour une personne seule, le taux de pauvreté pour les enfants de moins de 18 ans y est de 22%7 et 16,4% des 536 880 ménages fiscaux vivent en deçà du seuil de pauvreté, chiffre en nette progression par rapport à 20118. En France métropolitaine, le taux de pauvreté est de 15,4% représentant plus de 9,8 millions de personnes9.
« Des taux de pauvreté record », extrait de Côte d’Azur – Sous le soleil, des cités, enquête réalisée par Daphné Gastaldi avec les journalistes du Médiavivant (www.mediavivant.fr), juin 2024.
C’est ce qu’Eric Ciotti, dans sa feuille de propagande intitulée Nice – Eric Ciotti, Le meilleur est à venir, appelle sans rire « une gestion exigeante et concrète au service des habitants et notamment des Niçois en soutenant les investissements d’avenir, au service de l’économie et en respectant l’argent du contribuable »… L’enquête Côte d’Azur – Sous le soleil, des cités réalisée par Daphné Gastaldi avec les journalistes du Médiavivant (www.mediavivant.fr) dans les quartiers de plusieurs villes du département auprès de la population donne une idée du résultat de « la gestion exigeante et concrète au service des habitants » à la mode Ciotti.
« La face B de la French Riviera », extrait de Côte d’Azur – Sous le soleil, des cités, enquête réalisée par Daphné Gastaldi avec les journalistes du Médiavivant (www.mediavivant.fr), juin 2024.
Comme les statistiques de différents organismes officiels en témoignent cette situation s’aggrava tout particulièrement lorsqu’il fût président du Conseil départemental de décembre 2008 à septembre 2017. Et, l’apparatchik maralpin qui dénonce « un pouvoir qui (…) gaspille l’argent public » ne paraît pas non plus vraiment très qualifié pour donner des leçons de gestion des comptes publics.
Mis en cause dans plusieurs affaires
Ciotti et plusieurs de ses proches ont été l’objet d’enquêtes des services de police et judiciaires. En 2020, le parquet de Nice mène une enquête pour « détournement de fonds publics ». En mai 2024, Ciotti se trouve de nouveau au centre de l’enquête préliminaire du parquet de Nice pour détournement de fonds publics qui le cible avec des collaborateurs10. Puis, une nouvelle plainte est déposée contre lui en janvier 2025 par l’association Anticor pour « recel de détournement de fonds publics ».
Nouvelle affaire au mois de mai 2025 lorsque Eric Ciotti et son entourage sont soupçonnés de fichage illégal de citoyens. Suite à une information le parquet de Nice ouvre une enquête préliminaire pour « enregistrement ou conservation de données à caractère personnel sensibles sans le consentement des intéressés » indique alors le procureur de la République de Nice, Damien Martinelli. Lors de perquisitions menées le 12 août suivant, les enquêteurs de la police judiciaire découvrent des fichiers Excel de 800 noms de citoyens des Alpes-Maritimes dans lequel des commerçants, des personnes considérées comme influentes, responsables associatifs y sont répertoriés avec des précisions sur leur vie privée : origine ou nationalité, profession, conviction religieuse, opinion politique, état de santé, situation patrimoniale, etc. (« Nice. Éric Ciotti dans le viseur de la justice pour de troublants fichiers informatiques », actu.fr, 12 août 2025) « Des mailing-lists, de véritables fichiers ultra-détaillés sur des citoyens ordinaires, compilés sans leur accord ! C’est ce que soupçonnent les enquêteurs » rapporte Raphaël Besliu dans Géopolitique Profonde11.
Le 2 octobre suivant, suite à ces révélations et à l’enquête de police, la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) et l’Association pour la démocratie à Nice (ADN) déposent plainte à leur tour contre « Eric Ciotti ainsi que toute personne dont la responsabilité serait établie suite à la création et la conservation de fichiers informatisés illégaux. » Faut-il voir dans cette succession de mises en cause une conséquence des pratiques de gestion de l’UDR que plusieurs élus de la région PACA dénoncent en le qualifiant de « système Ciotti ». ?
« Un système politique de pressions et de menaces »
En effet, plusieurs élus azuréens ont dénoncé, en octobre 2022, « l’opacité de l’équipe Ciotti-Ginésy » et « le clientélisme » vécu par certains maires des Alpes-Maritimes12. De son côté, Renaud Muselier, le président de la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur, stigmatisa le « système politique de pressions et de menaces »13 qui se serait développé dans les Alpes-Maritimes. Dans un communiqué, le président de la région PACA déclara qu’« il y a dans les Alpes-Maritimes un système de pressions, de manipulations et d’interdictions contre les maires : soit on est avec eux, soit on est contre eux. Je constate que ce système politique de pressions et de menaces est directement piloté par M. Éric Ciotti. Il tient les finances du Département, martyrise, injurie, menace, et s’associe à une poignée d’élus qui sont ses alliés politiques pour faire régner la terreur. »14
Ciotti, qui déclara porter plainte contre ces propos, fût également mis en cause par plusieurs autres élus de la région parmi lesquels Joseph Segura, maire LR de Saint-Laurent-du-Var, conseiller départemental, président délégué de la Métropole Nice Côte d’Azur, Secrétaire général adjoint de l’Association des Maires de France (AMF), et Pierre-Paul Leonelli, conseiller régional et président du groupe régional majoritaire : « Le canton de Tourrette-Levens, celui d’Éric Ciotti, reçoit plus de 20% de la somme allouée au fonds de concours de subvention. Le canton de Vence de Charles-Ange Ginésy [nda : le président LR du Conseil départemental] se prend lui environ 15-16 % » dénonça Joseph Segura qui tança : « Tout le monde réclame de la transparence, nous en réclamons aussi au Conseil départemental ! »15
Emplois fictifs, trucage de comptes…
Plusieurs élus du parti de Ciotti sont également l’objet d’enquêtes des services de police et de justice pour des affaires diverses. Ainsi, « trois attachés parlementaires d’Eric Ciotti, député UDR de la 1re circonscription des Alpes-Maritimes ont été auditionnés par les enquêteurs. Le parquet national financier s’était dessaisi au profit du parquet de Nice qui avait ouvert une enquête préliminaire pour détournements de fonds publics » rapporte l’Observatoire Anticor, association de lutte contre la corruption et pour le rétablissement de l’éthique politique agréée par le ministère de la Justice (www.observatoire.anticor.org)16. Déjà, au mois d’août 2023, la Chambre régionale des comptes de Provence-Alpes-Côte d’Azur indiquait dans son rapport sur le Département des Alpes-Maritimes que « quatre collaborateurs de cabinet et deux agents de la collectivité exerçant également leurs fonctions au sein du cabinet sont, ou ont été, dans le même temps assistants parlementaires à l’Assemblée nationale. »17 Concernant ces agents de collectivités, la Cour des comptes soulignait que « la réglementation ne leur permet pas d’exercer à titre accessoire une telle activité. » Les agents en question travaillaient au service du député Eric Ciotti.
A Montauban, c’est Brigitte Barèges, députée de la 1re circonscription de Tarn-et-Garonne élue en juillet 2024, ancienne élue LR passée à l’UDR, qui a vu ses comptes de campagne annulés18. Le 28 février, la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques a saisi le Conseil constitutionnel. Après examen de son dossier, « compte tenu de la particulière gravité du manquement à une règle dont la candidate ne pouvait ignorer la portée », – d’autant que Brigitte Barège est avocate de profession… – le Conseil constitutionnel l’a déclarée « inéligible en application de l’article L.O. 136-1 du code électoral pour une durée d’un an » et « démissionnaire d’office de son mandat de député. »19 Mais c’est surtout le coup de force de Ciotti contre LR, son propre parti, qui met à jour les méthodes que celui-ci n’hésite pas à employer.
A suivre : 3 – Le complot Ciotti contre LR
Notes
- ORS, Etats de santé des habitants de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, janvier 2024.
- Source : Banque de France, Webstat, DIREN – Observatoire des entreprises, période de décembre 2009 à décembre 2017.
- Source : Insee, Demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi – Alpes-Maritimes, Séries chronologiques, paru le 30 juillet 2025, France Travail, Data Emploi, Alpes-Maritimes, second trimestre 2025 et Carif-oref Provence- Alpes-Côte d’Azur, Alpes-Maritimes, Synthèse et chiffres- clés, mis à jour en septembre 2025. Et : France Travail, STMT, Données brutes, novembre 2025.
- Source : Préfecture des Alpes-Maritimes, Recueil des actes administratifs, recueil spécial 89.2017, édition du 14 juin 2017. Agence nationale de l’habitat, Délégation locale des Alpes-Maritimes, Programme d’actions de la délégation locale de l’Anah en territoire non délégué 2017.
- Dispositif régional d’observation sociale (DROS), Baromètre social 2024.
- DREETS, Les études thématiques, 38 000 personnes ont contacté le 115 pour être hébergées en urgence en Provence-Alpes-Côte d’Azur, en 2023, par Jérôme Blanche avec la contribution de Lionel Rosano de la mission régionale « Observation sociale », SIAO du Vaucluse, n°10, novembre 2024.
- Source : Carif-oref Provence- Alpes-Côte d’Azur, Contribution au diagnostic territorial des Alpes-Maritimes, avril 2024.
- Source : Insee, Revenus et pauvreté des ménages en 2021, département des Alpes-Maritimes, chiffres détaillés, paru le 13 novembre 2025.
- Source : Insee, Chiffres-clés, L’essentiel sur… la pauvreté, 7 juillet 2025.
- Samuel Laurent, « Eric Ciotti au centre d’une enquête préliminaire pour détournement de fonds publics », Le Monde, 14 mai 2024.
- « Confession juive », « sourd », « flic »… : Éric Ciotti rattrapé par la justice pour fichage illégal , par Raphaël Besliu, Géopolitique Profonde, 15 août 2025.
- Subventions : la guerre sans fin entre LR et macronistes au conseil départemental des Alpes-Maritimes, par Alice David, Nice-Matin, 13 octobre 2022.
- France3 Provence-Alpes-Côte d’Azur avec AFP, écrit par Grégory Bustori, publié le 14 octobre 2022 à 17h24.
- La guerre politique entre Éric Ciotti et Renaud Muselier n’a jamais été aussi violente, par Mélodie Viallet, France Bleu, publié le jeudi 13 octobre 2022 à 21h46.
- La contre-attaque d’élus azuréens après des accusations d’inégalités de subventions, par Xavier Ponroy, France Bleu, 12 octobre 2022 à 20h17.
- Source : Enquête pour détournements de fonds publics : trois attachés parlementaires d’Éric Ciotti liés au conseil départemental des Alpes-Maritimes entendus, Anticor, 2 juillet 2025. Sauf mention explicite d’une condamnation non susceptible d’appel, toutes les personnes mentionnées dans l’observatoire sont présumées innocentes.
- Source : Chambre régionale des comptes Provence-Alpes-Côte d’Azur, Rapport d’observations définitives et sa réponse, Département des Alpes Maritimes, Exercices 2016 et suivants, présenté par la chambre le 29 août 2023, p.40, Des cumuls d’emplois sont déclarés et non autorisés.
- Source : Les comptes de campagne de Brigitte Barèges annulés, Anticor.
- Source : Conseil constitutionnel, Décision n°2025-6549 AN du 11 juillet 2025.


