Publié par Jean-Loup Izambert, le 18 avril 2026

A quoi et qui sert l’UDR? ( Partie 5: C’est la faute aux étrangers)

A quoi et qui sert l’UDR? ( Partie 5: C’est la faute aux étrangers)

« Laxisme migratoire », « grand remplacement », « subversion migratoire »… Pour détourner l’opinion publique des véritables responsables de la crise les chefs de « la bande des quatre » reprennent le vieux discours xénophobe du « chaos migratoire qui nous menace ». Quelles réalités derrière cette stigmatisation de l’étranger ?

Jouant sur la peur et les inquiétudes des Français devant les conséquences de l’aggravation de la crise capitaliste et la déportation en France de populations étrangères miséreuses par des réseaux criminels, l’UDR développe ses « priorités » sur l’idée qu’il existerait une menace pour le pays : les étrangers. Le chômage, la dégradation des services publics, les « déserts médicaux », les patients qui meurent dans des services d’urgence par manque de moyens humains et matériels de l’hôpital public, les classes surchargées, les délocalisations et fermetures d’entreprises rentables, la désindustrialisation, l’évitement fiscal des sociétés transnationales qui appauvrit le pays, l’insécurité, l’accroissement de la pauvreté, seraient dus à « la subversion migratoire ». Par contre, pas un mot à l’UDR pour dénoncer les causes réelles de cette situation : le système capitaliste et son Union européenne destinée à assurer l’hégémonie de la grande finance sur l’Europe1.

Les silences de l’UDR

Car, qui organise la destruction de pays entiers afin d’en piller les richesses par la surexploitation des peuples ?

Le pouvoir de l’oligarchie qui, avec l’Union européenne et l’Otan, déclenche les opérations de déstabilisation et les guerres afin de faciliter l’appropriation de « nouveaux territoires économiques » par les sociétés transnationales capitalistes.

Silence à l’UDR, parti de l’Europe supranationale.

Qui développe la corruption dans les pays afin de s’approprier des secteurs clés de leur économie ?

Les dirigeants des mêmes sociétés transnationales capitalistes occidentales dont certains sponsorisent l’UDR. Or, « l’idée reçue a toujours été que l’Occident injecte de l’argent en Afrique, grâce à l’aide étrangère et aux autres flux de capitaux du secteur privé, sans recevoir grand-chose en retour. Notre rapport inverse le raisonnement : l’Afrique est en situation de créancier net par rapport au reste du monde depuis des décennies » déclara, à la fin du mois de mai 2013, Raymond Baker, directeur du centre de recherche et de défense du Global Financial Integrity (GFI). Cette ONG basée à Washington présentait alors à Marrakech (Maroc) les résultats des études qu’elle mène conjointement avec la Banque africaine de développement (BAD). Plusieurs données de ce rapport dérangent les idées reçues sur lesquelles s’appuient l’UDR pour développer sa campagne contre les étrangers.

Par exemple, qu’entre 1980 et 2009, l’Afrique a perdu entre 1 200 et 1 400 milliards de dollars, soit à peu près l’équivalent de son produit intérieur brut de l’année 2013. L’analyse de la composition de ces flux contredit également d’autres idées reçues selon lesquelles l’Afrique serait victime de « sa » corruption. Selon les estimations de GFI, la corruption sous forme de pots-de-vin ou de malversation ne représente que 3 % environ des flux illicites, les activités criminelles telles que le trafic de drogue et la contrebande, 30 % à 35 %, est provient essentiellement des transactions commerciales des multinationales : pas moins de 60 % à 65 % !2

A la fin du mois de juillet 2025, l’Union Africaine publiait un autre rapport dans lequel elle dénonçait les flux financiers illicites principalement organisés par des sociétés transnationales : chaque année ceux-ci font perdre à l’Afrique 88 milliards de dollars soit l’équivalent de 3,7% du PIB africain !3

Silence encore à l’UDR dont le groupe Bolloré, mis en cause et condamné dans plusieurs affaires sur l’Afrique, y compris pour une grave corruption, est l’un des soutiens.

Qui organise la déportation de populations entières jetées sur les routes de l’exil et du désespoir par la guerre, la misère et la corruption ?

Le pouvoir de l’oligarchie et son Union européenne afin de diviser les travailleurs français entre eux tout en permettant au patronat de récupérer une main d’œuvre sous-cultivée, non syndiquée et sur-exploitable. Pour encourager cette importation massive de populations depuis les pays détruits par l’Union européenne, Emmanuel Macron annoncera lui-même prendre des dispositions pour aller la faire chercher : « L’idée est de créer en Libye des hotspots afin d’éviter aux gens de prendre des risques fous alors qu’ils ne sont pas tous éligibles à l’asile. Les gens, on va aller les chercher. Je compte le faire dès cet été » déclara-t-il le 27 juillet 2017 alors qu’il visitait un centre de demandeurs d’asile à Orléans. Autrement dit, aller chercher les gens qui ont tout perdu – famille, maison, services publics, industries, commerces, emplois – après que la France et l’Otan aient détruit leur pays – Afghanistan, Kosovo, Libye, Irak, Syrie, Yémen, Mali, Tchad, Yougoslavie, Ukraine… – ou que les sociétés transnationales y aient répandu la misère en pillant leurs richesses. Une vraie sélection sur le tas entre ceux qui « sont éligibles » et ceux qui ne le sont pas, entre ceux qui sont encore exploitables et ceux qui sont vraiment foutus. Cette déportation de populations est voulue et pilotée par l’Union européenne à laquelle l’UDR comme les autres acteurs de « la bande des quatre » du RN adhèrent.

Silence toujours à l’UDR qui, comme ses partenaires de « la bande des quatre », se refuse à regarder l’Histoire et préfère trafiquoter les statistiques pour tenir des discours mensongers.

Marion Maréchal : « La menace pour l’Europe c’est l’immigration »

Face au « coût de l’immigration », certaines propositions de l’UDR exhalent un relent nauséabond de nationalisme « biologique » fondé sur le « droit du sang » par « l’abolition du droit du sol (…)» comme l’avait imposé la dictature de Vichy en 1940. Le « sécuritarisme » est également au programme « en créant 20 000 places de prisons et en s’opposant à la destruction des peines », thèmes de propagande chers à « la bande des quatre ». Pour alimenter leur campagne anti-immigrés ils procèdent par des amalgames : ils jouent sur les termes « immigré » et « étranger » qui ne sont pas interchangeables et font référence à des catégories de personnes distinctes dans les données statistiques. Un étranger n’est pas forcément immigré – personne née étrangère à l’étranger et résidant en France – et peut être né en France.

Alors que Marion Maréchal, dirigeante du parti croupion Identité Libertés déclarait au mois de mai 2024 que « la menace pour l’Europe c’est l’immigration »4 la jeunette de « la bande des quatre » se livrait à une désinformation outrancière. Contrairement à son propos, « les données européennes montrent que la part d’étrangers dans la population française est inférieure à celle de la moyenne des 27 pays de l’Union (respectivement 8,2 % et 9,2 %) » indique le ministère de l’Intérieur dans son rapport 2023 très complet sur Les chiffres clés de l’immigration. Le même rapport précise qu’ « avec l’Italie, les Etats-Unis et la Corée, la France fait partie des pays de l’OCDE dans lesquels les flux migratoires sont les plus réduits en proportion de la population (0,42 %) »5.

Dupont-Aignan : « Il y a l’amorce d’un remplacement »

Selon les statistiques de l’Insee, en 2024 «7,7 millions d’immigrés vivent en France, soit 11,3 % de la population totale » dont « 2,6 millions d’immigrés, soit 33 % d’entre eux, ont acquis la nationalité française. »6. Et, si « en 2024, 48,9 % des immigrés vivant en France sont nés en Afrique », « 30,9 % (…) sont nés en Europe », 14,3% en Asie et 5,9% en Amérique et Océanie. Par ailleurs, 46,4% des immigrés viennent de sept pays : « l’Algérie (12,4 %), le Maroc (11,7 %), le Portugal (7,3 %), la Tunisie (4,9 %), l’Italie (3,6 %), la Turquie (3,4 %) et l’Espagne (3,1 %) ». Pas de quoi voir dans une population française de 68,4 millions de citoyens une prétendue « amorce du grand remplacement »7 et proposer de « mettre l’armée aux frontières » comme a pu le dire Nicolas Dupont-Aignan, dirigeant de Debout la France8.

Le dirigeant du RN, Jordan Bardella, qui imagine « la France menacée de disparition » devrait bien connaître ces données et la réalité de l’immigration pour avoir lui-même les trois quarts de ses racines en Italie, d’un arrière-grand-père et ses fils venus vers 1960 d’un petit bourg du Latium, et d’un autre arrière-grand-père maternel kabyle9. Eric Ciotti aussi puisqu’il est également descendant d’immigrés italiens par son père qui a des ancêtres originaires de la ville italienne de Trévise. La France a accueilli sa famille et depuis, de génération en génération, le petit Eric, bien que né en pleine terre d’accueil de sa « submersion migratoire », a quand même réussi à s’intégrer comme le rappela avec son humour décapant mon confrère Guillaume Meurice sur France Inter.

Parlons immigration. Ciotti?… Tiens, Eric Cioti ça raisonne pas français ça… Il vient d’où Eric? l’interrogea mon confrère Guillaume Meurice sur France Inter.

https://youtu.be/-DVZHxSKFFk?si=zFYh5imkDaL

Zemmour : « Délinquance explosive à cause de l’immigration »

De même, le quator anti-immigrés affirme que les infractions sont le « fait d’étrangers ». Invité le 26 janvier 2022 par Public Sénat, Eric Zemmour déclarait qu’« avec l’immigration zéro, il n’y aura quasiment plus de délinquance, j’en suis sûr ». N’y aurait-il que des immigrés qui sont délinquants en France ? « Oui. Des immigrés ou des enfants d’immigrés », répond-il sur le plateau de l’émission Bonjour chez vous »10. Avec quelques oublis quand même. Par exemple, Zemmour ne compte pas le nombre d’élus locaux, bien français et bien blancs, condamnés pour divers délits. Ainsi, « sur la mandature 2014-2020, nous avons enregistré au 30 mars 2025, 577 condamnations d’élus locaux (toutes infractions confondues). Ce nombre devrait encore évaluer à la hausse : nous estimons que plus de 750 élus
devraient au final être condamnés à l’achèvement des procédures »
récapitule l’Observatoire SMACL (www.observatoire-collectivites.org) qui « analyse l’évolution des risques juridiques encourus par les collectivités territoriales, de leurs élus et de leurs personnels, dans l’exercice de leurs fonctions »11. Non compris, les élus nationaux qui « enjolivent » ces statistiques à la hausse.

C’est un autre amalgame qui permet à Zemmour de tenir cette fausse affirmation. Celui-ci consiste à citer des statistiques de la délinquance qui décomptent les « mis en cause » – ou « auteurs présumés – et non des personnes définitivement condamnées par la justice comme Nicolas Sarkozy par exemple. Les chefs de ces partis d’extrême-droite truquent ainsi les statistiques pour cacher les réalités que détaille la neuvième édition du bilan statistique « Insécurité et délinquance » 2024 du Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) réalisé avec l’Insee. Sur le périmètre des 18 indicateurs de la délinquance qui couvrent l’ensemble des crimes et délits enregistrée par la police et la gendarmerie nationales il appert que :

  • « Certaines évolutions sont en net ralentissement par rapport à celles des années passées (coups et blessures volontaires sur personne de 15 ans ou plus, escroqueries et fraudes aux moyens de paiement) qui sont stables en 2024, alors qu’ils progressaient ces dernières années. Dans le même temps, les tentatives d’homicide poursuivent leur croissance, mais à un rythme moins élevé, tandis que les homicides sont en légère baisse pour la première année depuis 2020. D’autres évolutions sur l’année 2024 confirment les tendances passées, soit à la hausse (violences sexuelles, usage de stupéfiants, trafic de stupéfiants), soit à la baisse (vols violents sans arme et vols sans violence contre des personnes).

Ces dirigeants taisent ces faits pour discourir, comme Zemmour, sur une prétendue « délinquance explosive », ce qui est loin de correspondre à la situation ainsi qu’en attestent les statistiques du ministère de l’Intérieur.

  • Si « les étrangers sont plus fréquemment mis en cause pour des atteintes aux biens par rapport à leur part dans la population (8 % des résidents en France), tout particulièrement pour les vols dans les véhicules (39%), les cambriolages (38 %) et les vols violents sans arme (30 %), au total, les mis en cause étrangers restent minoritaires (17 % des mis en cause en 2024). »12

C’est une autre donnée statistique importante que les chefs de « la bande des quatre » taisent également pour désigner l’étranger comme responsable de la délinquance en affirmant faussement depuis des années, comme le fait Ciotti, qu’« il y a un lien entre immigration et délinquance, il faut limiter les flux migratoires ». Les flux migratoires ? Comme le rappelle le ministère de l’Intérieur la France fait partie des pays de l’OCDE dans lesquels les flux migratoires sont les plus réduits en proportion de la population (0,42 %) !

Les méchants immigrés et le gentil Pétain

Le dirigeant de Reconquête, issu d’une famille juive d’Algérie qui migra en France, est souvent convoqué par des tribunaux et condamné pour des déclarations de caractère raciste. Quelques exemples parmi d’autres :

– Condamné le 18 février 2011 par la 17e chambre correctionnelle du tribunal de Grande instance de Paris à 2000 euros d’amende pour « provocation à la discrimination ». Il avait affirmé quelques mois plus tôt, le 6 mars 2010, sur France Ô que les employeurs « ont le droit » de refuser des Arabes ou des Noirs et, le même jour, dans l’émission Salut les Terriens sur Canal+ que les contrôles au faciès étaient dûs au fait que « la plupart des trafiquants sont noirs et arabes, c’est comme ça, c’est un fait ! ».

– Condamné le 17 septembre 2019 par la Cour de cassation, chambre criminelle, pour avoir tenu des propos qui « visent les musulmans dans leur globalité et contiennent une exhortation implicite à la discrimination »13.

– Condamné le 25 septembre 2020, par le tribunal correctionnel de Paris pour « provocation publique à la haine ou à la violence » ainsi que pour « injure publique à raison de l’origine, de l’ethnie, de la nation, de la race ou de la religion ». Dans le cadre d’une « convention de la droite », organisée en 2019 par des proches de Marion Maréchal et diffusée en directe sur la chaîne LCI,  il avait déclaré que les immigrés « se comportent en colonisateurs », qu’ « il y a une continuité entre les viols, vols, trafics jusqu’aux attentats de 2015 en passant par les innombrables attaques au couteau dans les rues de France, ce sont les mêmes qui commettent, qui passent sans difficulté de l’un à l’autre pour punir les « kouffars » les infidèles » ou encore, parmi d’autres outrances, que « dans la rue, les femmes voilées et les hommes en djellaba sont une propagande par le fait, une islamisation de la rue et les uniformes d’une armée d’occupation. » Relaxé par un arrêt de la Cour d’appel du 8 septembre 2021, les associations le poursuivant qui s’étaient constitué parties civiles se pourvoiront devant la Cour de cassation. Par un arrêt du 21 février 2023, la Cour de cassation cassera cet arrêt et renverra l’affaire devant la Cour d’appel pour qu’elle soit jugée sur le fond14.

Le 22 février 2024, la Cour d’appel de Paris déclarera Zemmour « coupable du chef de provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes » et « coupable du chef d’injure envers un groupe de personnes en raison de sa religion et de son origine ».

– Condamné le 4 février 2021 par le tribunal correctionnel de Paris qui confirme qu’il a tenu des propos qui contenaient « la négation de la participation [de Pétain] à la politique d’extermination des juifs menés par le régime nazi » et le… relaxe au motif étrange que ses propos auraient été prononcés à « brûle-pourpoint » alors que celui-ci avait insisté sur son affirmation. Zemmour avait déclaré sur la chaîne CNews que Pétain avait « sauvé les juifs français », ajoutant même que « c’est encore une fois le réel » ! (sic). Le Commissariat général aux questions juives institué par la dictature de Vichy le 29 mars 1941, le port de l’étoile jaune par l’ordonnance allemande du 29 mai 1942, les statuts des juifs des 3, 4 et 7 octobre 1940 et du 2 juin 1941 autorisant leur internement dans des camps et durcis par les corrections apportées par la main même de Pétain15, le contrôle et la gestion des biens juifs, l’aryanisation des entreprises du 22 juillet 1941, les rafles des 16 et 17 juillet 1942 opérées par la police française, les 74 150 hommes, femmes et enfants déportés de France qui ont péri pour la plupart à Auschwitz, les 4000 Justes de France non juifs qui ont sauvé des juifs, l’appel à la résistance du 17 juin 1940 du Parti communiste français, l’appel du 18 juin du général De Gaulle, les combats des organisations juives de Résistance et des communistes des FTP-MOI, la centaine de camps d’internement et de concentration et les stades où sont emprisonnés les étrangers entre 1940 et 1942, les militants communistes, juifs, catholiques, musulmans de treize nationalités – dont des pays du Maghreb et d’Afrique noire aux côtés d’Allemands, de Polonais,  de Tchèques, de Hongrois, de Roumains, d’Italiens, d’Espagnols – qui combattirent dès 1940 les nazis et leurs laquais pétainistes au sein des sections de la Main-d’oeuvre Immigrée (M.O.I) du PCF, les réseaux d’entraide au sein des églises catholiques et protestantes seraient-ils pour Zemmour des « détails de l’Histoire » ?16 Les seuls juifs qui trouvèrent grâce aux yeux de Pétain et de son administration furent des sionistes comme Kadmi Cohen qui collabora au Commissariat général aux questions juives et apporta une contribution à la législation antisémite ou des collaborateurs comme Jacques Helbronner, alors président du Consistoire central israélite de France, jusqu’à ce qu’ils soient eux-mêmes… déportés et trouvèrent la mort à Auschwitz-Birkenau17. Il est vrai que pour Zemmour « la politique de discrimination de Vichy à l’égard des juifs n’avait pas pour conséquence l’extermination et les camps nazis » !18… Relaxé par un très curieux arrêt de la Cour d’appel de Paris en date du 12 mai 2022, ce jugement sera annulé par la Cour de Cassation le 5 septembre 202319. Eric Zemmour sera définitivement condamné par la Cour d’appel de Paris le 2 avril 2025 pour « contestation de crime contre l’humanité ».

Au mois de mars 2021, CNews écopa d’une amende du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) de 200.000 euros pour « incitation à la haine » et « à la violence » après l’une de ses chroniques sur les migrants mineurs isolés.

– Condamné le 4 mars 2022 avec l’association Reconquête par le tribunal judiciaire de Paris pour avoir utilisé dans son clip de campagne électorale « « des extraits des films (…) et leur diffusion sur internet, sans autorisation. »20

– Condamné le 29 janvier 2024 par un jugement de la 17ème chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris pour complicité de diffamation publique envers une administration publique avec le directeur de la publication de CNews coupable de diffamation publique envers une administration publique. Lors de l’émission Face à l’info, diffusée le 2 avril 2021 sur la chaîne CNews, Zemmour avait accusé l’Institut national d’études démographiques (Ined) de « trafiquer » les chiffres de l’immigration. La condamnation sera confirmée par un arrêt de la Cour d’appel du 11 décembre 2024, puis par la Cour de cassation le 27 janvier 2026.

– Condamné le 7 février 2024 par le tribunal correctionnel de Paris de complicité de diffamation publique à l’encontre de la députée Danièle Obono (La France insoumise). Le directeur de publication de CNews, chaîne sur laquelle avaient été diffusés les propos diffamatoires à l’encontre de Danièle Obono, a été pour sa part reconnu coupable de diffamation publique et condamné à la même peine qu’Eric Zemmour. En août 2020 lors de l’émission Face à l’info qu’il animait sur CNews, Zemmour avait accusé la parlementaire « d’organiser des réunions interdites aux Blancs » et « de dire tout son amour pour Mohamed Merah, qui tue des enfants juifs ».

– Condamné le jeudi 12 septembre 2024 par la Cour d’appel de Paris pour avoir tenu sur CNews des propos « particulièrement outrageants et dégradants » qui, « sous couvert de désigner les mineurs isolés » visait des personnes ayant en commun « le seul fait de ne pas appartenir à la Nation française ». En septembre 2020, le président de Reconquête ! avait soutenu, sur CNews, que les mineurs isolés étaient « voleurs », « assassins » et « violeurs ». Le mardi 2 décembre 2025, le pourvoi d’Eric Zemmour contre sa condamnation pour complicité d’injure publique et provocation à la haine sera rejeté par la Cour de cassation.

– Condamné le 2 septembre 2025 par la chambre criminelle de la Cour de cassation pour « injures envers une personne ou un groupe de personnes en raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée » et « propos stigmatisant le prénom de la partie civile en la renvoyant à son ascendance africaine »21. Lors de l’émission « Les Terriens du Dimanche »  du 13 septembre 2018 Zemmour avait qualifié le prénom de l’ex-chroniqueuse du groupe Canal + Hapsatou Sy d’«insulte à la France » (sic).

– Condamné le 16 septembre 2025 par la Cour de cassation qui, dans l’affaire de la « convention de la droite », rejette son pourvoi et confirme la décision de la Cour d’appel de Paris du 22 février 2024 pour avoir tenu « des propos poursuivis sous la qualification de provocation à la haine à raison de l’origine, la race, la nation ou la religion constitue un discours de haine » et « également sous la qualification d’injure publique à raison de l’origine, la nation, la race ou la religion »22.

N’est-ce pas là le parcours d’un multirécidiviste, condamné pour racisme et négationnisme, dont les propos publics et répétés au-travers de médias constituent « un discours de haine » ? En « 2024, les services de police et de gendarmerie nationales ont enregistré plus de 16 000 infractions à caractère raciste, xénophobe ou antireligieux – injures, provocations ou diffamations pour la majorité – sur l’ensemble du territoire français » observe le ministère de l’Intérieur23. Politicien français le plus souvent condamné par les tribunaux, dans son obsession pernicieuse d’occulter les responsables de la crise pour en désigner l’étranger coupable, le dirigeant de Reconquête dissimule une autre donnée essentielle de l’immigration en France afin d’associer les immigrés à la délinquance.

Cour des comptes : « La vaste majorité des personnes immigrées est en situation légale »

L’immigration clandestine qui transite souvent par les filières de passeurs n’a rien à voir avec l’immigration légale. Ces passeurs, très organisés, continuent leur scandaleux trafic d’êtres humains depuis 2011. Le nombre de migrants clandestins, à l’origine délinquant puisque ceux-ci recourent à des organisations criminelles pour entrer clandestinement dans un pays, est par nature difficile à chiffrer au sein de l’Union européenne. Toutefois, indique le ministère de l’Intérieur, « le nombre de bénéficiaires de l’aide médicale d’Etat (AME) peut contribuer à une première approche. » L’AME est un dispositif permettant à certains étrangers en situation irrégulière de bénéficier d’un accès aux soins et peut permettre d’évaluer approximativement le nombre d’immigrés clandestins : « Le nombre de personnes bénéficiaires de l’AME poursuit sa tendance à la hausse : à la fin du troisième trimestre 2023, il atteint 446 532, soit + 10,8 % par rapport au nombre de bénéficiaires enregistrés à la fin du T3 2022 » précise le ministère de l’Intérieur24. De son côté, la Cour des comptes estime que « ce chiffre ne permet pas, en lui-même, d’évaluer précisément le nombre de personnes en situation irrégulière. En effet, l’aide médicale d’État peut bénéficier à des personnes qui ne restent pas sur le territoire national, tandis que certains publics éligibles n’y ont pas recours. L’immigration irrégulière est une composante minoritaire de l’immigration en France, car la vaste majorité des sept millions de personnes immigrées recensées par l’Insee est en situation légale. »25

Les passeurs de l’Union européenne

Parfaitement informé que la Commission européenne fixe les quotas de migrants pour les Etats membres comme les sanctions pour ceux qui les refusent, Ciotti se garde bien de dire comment il prétend s’attaquer aux causes de ladite immigration illégale sans sortir de l’Union européenne. En effet, suite à la réforme de l’espace Schengen de 2024 par l’Union européenne, « les contrôles aux frontières intérieures » ne sont possibles qu’« en cas de menace grave pour l’ordre public ou la sécurité intérieure » : « Les contrôles aux frontières intérieures dont la Commission européenne, les États membres et le Parlement européen doivent être informés avant qu’ils soient réintroduits peuvent être maintenus pendant une durée maximale de deux ans.»26 Ce que des médias présentaient comme une « migration soudaine » est en réalité très organisée et gérée d’un côté de la Méditerranée par l’Union européenne, de l’autre par des passeurs. Pour rappel, sur les 380 000 franchissements irréguliers des frontières détectés aux frontières extérieures de l’Union européenne en 2023, Europol estime que plus de 90 % des migrants en situation irrégulière qui arrivent dans l’Union européenne ont recours aux services de passeurs. L’agence Frontex soulignait dans son rapport Risk Analysis for 2019 que « la majorité des migrants qui a atteint l’Italie en bateaux depuis la Turquie a dépensé environ 5 000 € par personne », une somme énorme pour des individus qui sont pour la plupart sans ressources. Cette activité criminelle très rentable s’est développée – d’après les chiffres des Nations unies, les réseaux de passeurs réalisent des bénéfices annuels allant de 4,7 à 6 milliards de dollars27 – et se poursuit depuis 2011. La Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) et la Direction du renseignement militaire (DRM) savent parfaitement comment sont organisés les réseaux de migrants, qui les dirige, où se situent les points de passage des filières de trafics d’êtres humains ainsi que leurs déplacements, tant sur l’Afrique du Nord (zone Libye-Soudan-Égypte) que sur le Moyen-Orient, où sont stationnés les groupes et dans quelles directions ils se déplacent. La DGSE le sait d’autant mieux qu’elle connaît bien plusieurs d’entre eux – impliqués dans des trafics d’êtres humains, d’armes et de drogues -, pour avoir collaboré avec eux, en 2011, principalement dans la région de Benghazi, afin de renverser le gouvernement libyen. Membre de l’Union européenne, la France n’a d’autre choix que de se plier à ses décisions, dont la gestion des quotas de migrants après avoir participé à la destruction de leurs pays également décidée à Bruxelles. L’UDR ne peut l’ignorer puisque, comme tous les autres acteurs de « la bande des quatre » et le RN, elle est, comme LR, partisane de l’Europe supranationale et de l’Otan.

Ciotti a-t-il la mémoire qui flanche ?

Sans doute faut-il rappeler que le président Jacques Chirac, du parti RPR qui se transformera en UMP puis en Les Républicains en mai 2015, sera de ceux qui, avec le Premier ministre Jospin, feront voter au Conseil de sécurité de l’ONU la résolution 1244 du 10 juin 1999 qui prévoit l’intervention de l’Otan pour détruire la République fédérative de Yougoslavie en détachant la province serbe du Kosovo. Cette opération permettra notamment aux trafiquants d’êtres humains d’ouvrir par la suite des couloirs clandestins par la « filière des Balkans ».

De même, la destruction de la Libye, qui jouait un rôle essentiel contre les trafiquants d’êtres humains sur la zone Méditerranée, fut votée au Parlement européen le 10 mars 2011 par les groupes auxquels appartenaient LR, le PS, le Front de gauche et les Verts28 et fut réalisée par l’Otan en soutien à des groupes terroristes. Eric Ciotti, qui occupait alors différentes fonctions au sein du RPR puis de LR aurait-il la mémoire qui flanche pour dénoncer les conséquences de ces deux agressions en « oubliant » de rappeler que son parti les a soutenues et que, sauf erreur, il ne s’y est jamais opposé ?

Un certain patronat a besoin de main d’œuvre non syndiquée et bon marché en France comme dans les pays où de grands groupes surexploitent la population. Vincent Bolloré, sponsor de l’UDR, connaît bien le sujet puisqu’il est de ces oligarques qui ont recouru à la corruption en Afrique au profit d’intérêts particuliers, facteur qui favorise la misère et l’exil, tout en dénonçant l’immigration en France.

                                                                                          A suivre : VI- Le dindon de la farce

 Notes

  1. Lire Empêcher l’Europe – Les Etats-Unis contre l’Europe, par Jean-Loup Izambert, éd. Culture & Racines.
  2. 2. Source : Illicit Financial Flows and the Problem of Net Resource Transfers from Africa : 1980-2009 (Les flux financiers illicites et le problème des transferts nets de ressources en provenance d’Afrique : 1980-2009), Rapport de la Banque africaine de développement et Global Financial Integrity, mai 2013.
  3. RAF (www.restitution-afrique.org), Flux financiers illicites : 88 milliards de dollars qui disparaissent chaque année en Afrique, un véritable fléau, 9 octobre 2025. Rapport « Successes and Challengesof Implementing the Recommendations of African Union High Level Panel on Illicit Financial Flows »
  4. Marion Maréchal : « La menace pour l’Europe c’est l’immigration et l’islamisation, pas la Russie », interview par Jean-Jacques Bourdin, Sud Radio, 29 mai 2024.
  5. Source : Ministère de l’Intérieur, Les chiffres clés de l’immigration 2023, Introduction p.9.
  6. Insee, Chiffres clés, L’essentiel sur…les immigrés et les étrangers, paru le 7 octobre 2025.
  7. Immigration : « Il y a l’amorce d’un remplacement » selon Nicolas Dupont-Aignan, Europe 1, 5 février 2025.
  8. Immigration clandestine : « Il faut mettre l’armée aux frontières », réclame Nicolas Dupont-Aignan, interview sur CNews 9 juillet 2025, 20h13.
  9. Les racines familiales de Jordan Bardella, par Jean-Louis Beaucarnot, La revue française de généalogie, 24 mai 2024.
  10. Eric Zemmour : « Nous avons une délinquance explosive à cause de l’immigration », Public Sénat, 26 janvier 2022.
  11. Obs’SMACL (www.observatoire-collectivites.org), Baromètre 2024-2025 du risque pénal public, Nombre d’élus locaux poursuivis et condamnés, 21 juin 2025.
  12. Source : Ministère de l’Intérieur, Insécurité et délinquance en 2024 : une première photographie de la délinquance enregistrée, communique de presse du 30 janvier 2025 et SSMSI : Insécurité et délinquance en 2024 : bilan statistique et atlas départemental.
  13. Source : Cour de cassation, chambre criminelle, 17 septembre 2019, n° de pourvoi 18-85.299, décision attaquée : Cour d’appel de Paris du 03 mai 2018.
  14. Source : Cour de cassation, chambre criminelle, formation de section, 21 février 2023, pourvoi n°21-86.068
  15. Le délit de contestation d’un crime contre l’humanité peut être constitué (un peu) indirectement (affaire Zemmour/Pétain), par maître Eric Landot, 5 septembre 2023, Landot & Associés, avocats à la Cour.
  16. Lire notamment Une énigme française Pourquoi les trois quarts des juifs en France n’ont pas été déportés, par l’historien Jacques Sémelin, éd. Albin Michel. Et : Vichy et les étrangers, une xénophobie d’Etat, Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah, 22 novembre 2021.
  17. Lire Etoile jaune : le silence du Consistoire central, par Thierry Noël-Guitelman, AJPN (www.ajpn.org). Centre de Documentation Juive Contemporaine, Archives du Consistoire central et de l’Alliance Israélite Universelle.
  18. Déclaration de Zemmour, émission Face à l’info, CNews, 21 octobre 2019, 19h.
  19. Source : Cour de cassation, chambre criminelle, formation de section, 5 septembre 2023, pourvoi n°22-83.959
  20. Source : Tribunal judiciaire de Paris, 3è chambre, 2è section, jugement rendu le 4 mars 2022, n° RG 22/00034.
  21. Source : Cour de cassation, 2 septembre 2025, chambre criminelle – formation restreinte, pourvoi n°24-82.963.
  22. Source : Cour de cassation, 16 septembre 2025, chambre criminelle – formation restreinte, pourvoi n°24-81.809.
  23. Ministère de l’Intérieur, SSMI, Info rapide n°49 – Les atteintes à caractère raciste, xénophobe ou antireligieux en 2024, 14 mars 2025.
  24. Source : Ministère de l’Intérieur, Les chiffres clés de l’immigration 2023.
  25. Cour des comptes, La politique de lutte contre l’immigration irrégulière, janvier 2024 (www.ccomptes.fr).
  26. Commission européenne, représentation en France, 16 octobre 2024.
  27. Conseil de l’Union européenne, communiqué de presse Trafic de migrants : les États membres s’accordent sur un instrument de droit pénal, 13 décembre 2024, 10h15.
  28. Parlement européen, proposition de résolution RC-B7-0169/2011, 10 mars 2011.

 

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